
Quand l'odeur porte une âme
Une Lévisienne crée des essences sur mesure qui parlent là où les mots ne suffisent plus.
Elle devait avoir sept ou huit ans. Ses amis s'étaient écorchés les genoux dans un champ de Cap-Rouge, et elle, déjà, cherchait une feuille de plantain. Pas par réflexe appris, par instinct. Comme si la nature lui avait toujours murmuré quelque chose que les autres n'entendaient pas encore.
Aujourd'hui, Audrey-Valérie Roy n'a pas perdu cette oreille. Elle l'a simplement perfectionnée. Depuis son atelier du boulevard Guillaume-Couture, dans le secteur Lauzon à Lévis, elle crée des essences olfactives sensorielles — des compositions d'huiles essentielles choisies non pas pour sentir bon, mais pour faire ressentir quelque chose. La nuance est tout.
Racines et détours
Audrey-Valérie a grandi entourée de deux grands-parents qui ont, sans le savoir, tracé les contours de qui elle allait devenir. Sa grand-mère lui a transmis la passion du vivant — les plantes, les arbres, les essences, la médecine douce avant même qu'on lui donne ce nom. Son grand-père, ingénieur reconnu pour ses trente ans de service à la Ville de Cap-Rouge, lui a légué autre chose : l'esprit d'initiative, le goût d'innover, la fierté du travail accompli dans l'ombre.
Mais la vie a ses propres calendriers. Mère à 19 ans, elle s'installe dans le Témiscouata, au bord d'un lac, où elle cultive ses potagers bio, s'implique à la radio locale, participe à des jardins communautaires. Puis la séparation, en 2003. Retour en ville avec trois enfants. Et une décision qui lui a coûté quelque chose : mettre sa passion sur pause.
« Quand on est monoparental, on fonctionne plus en survie. On va selon ses élans stratégiques, pas selon ses élans de cœur. »
Elle fait ses études en adaptation scolaire, décroche un poste à la commission scolaire, y reste près de dix ans. Elle est bonne dans ce qu'elle fait — à l'écoute, capable de sentir monter la pression dans un groupe, de prévenir les crises avant qu'elles éclatent. Ce talent-là, elle ne sait pas encore qu'il va lui servir autrement.
La question qui a tout relancé
La rencontre avec son mari change la trajectoire. Ingénieur spécialisé en biogaz et en moléculaire, il comprend instinctivement ce qu'elle fait dans sa cuisine — ses synergies, ses crèmes, ses huiles. Il lui pose une question, une fois, puis une autre, et encore : Pourquoi tu n'as pas développé tout ça?
La réponse arrive de façon inattendue, sous la forme d'un sixième enfant, à l'aube de la quarantaine. Un congé parental. Une pause forcée. Et dans cette pause, les carnets ressortent des tiroirs, les projets mis sur glace recommencent à fondre.
« Il m'a dit : si tu décides de quitter et de lancer ton projet, go, fonce. »
Elle remet sa démission à la commission scolaire. En 2017, Fleur de Vie, les huiles sacrées, voit le jour.
L'olfactologie émotionnelle — une discipline qui n'avait pas encore de nom
Au départ, Audrey-Valérie explore le marché, visite des fournisseurs jusqu'à Salt Lake City, choisit avec soin des partenaires à la qualité irréprochable. Elle commence à créer des gammes pour le grand public: des essences pour se concentrer, se calmer, se déposer.
Mais c'est une première commande sur mesure pour une entreprise qui révèle sa vraie vocation.
« J'ai compris que les essences avaient un langage que j'arrivais à capter. Que je pouvais les associer aux valeurs d'une entreprise, à ce qu'elle porte de profond. »
Ce qu'elle pratique, elle l'appelle l'aromathérapie émotionnelle et sensorielle ou olfactologie, selon les jours. Ce n'est pas de la parfumerie. Ce n'est pas de l'aromathérapie au sens classique. C'est la création d'une essence qui raconte quelque chose, qui porte une mission, une identité, une intention. L'odeur est le résultat visible. L'expérience intérieure qu'elle provoque, c'est le vrai produit.
Depuis les débuts, elle a créé plus de 500 essences sur mesure pour des entreprises de tout acabit : massothérapeutes, coachs, boutiques, fondations, campagnes de financement. La seule condition : que le projet vise à faire du bien.
Les tempêtes aussi font partie de l'histoire
Construire une entreprise à soi prend du temps. Ça demande aussi de l'endurance face à ce qu'on ne contrôle pas.
En 2024, un sinistre frappe l'entreprise. La reconstruction s'étire sur dix-sept mois — dix-sept mois de ralentissement forcé, de croissance mise en attente, de plein déploiement impossible. Une période éprouvante, qui aurait pu décourager n'importe qui.
Audrey-Valérie a tenu. Parce que ce qu'elle a bâti n'est pas seulement une boutique ou un catalogue de produits — c'est une pratique ancrée dans qui elle est. Et ça, aucun sinistre ne peut l'effacer.
Ce qui l'anime encore
Aujourd'hui, Fleur de Vie a pignon sur rue depuis près de quatre ans à Lévis. La boutique se visite sur rendez-vous — parce qu'Audrey-Valérie prend le temps. Elle a aménagé une salle de thé, un espace d'accueil pour des rencontres plus intimes, des ateliers de création de parfums.
Elle pense à la suite. À innover encore. À toucher plus de gens, autrement. Mais surtout, elle se laisse porter — avec cette même confiance tranquille qu'elle avait enfant, dans les champs de Cap-Rouge, quand elle savait déjà que la nature avait quelque chose à lui dire.
« Ce qui est important, c'est qu'on puisse continuer d'avoir la santé d'œuvrer et d'être au service des gens. »
C'est peut-être ça, sa plus belle essence.
🌿 Fleur de Vie, les huiles sacrées
8042, boulevard Guillaume-Couture, Lévis (secteur Lauzon) Sur rendez-vous
🌐 https://fleurdeviecreations.com
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